Des abeilles spécialement conçues pour passer l'hiver ! Mais pourquoi donc ?


En hiver, les abeilles se regroupent dans la ruche.

L’hiver, les abeilles restent à l’abri dans la ruche et consomment leur réserve de miel. La colonie est réduite et se serre autour de la reine qui a cessé de pondre. Plus le froid est vif, plus la « grappe » se resserre.

Pour maintenir une température supérieure à 12°C, les abeilles font vibrer les muscles de leurs ailes. Elles « tournent » pour se réchauffer, passant du centre de la grappe à l’extérieur. L’apiculteur, quant à lui, profite des jours d’hiver pour réparer les cadres, repeindre les ruches, préparer la prochaine saison.

Production des abeilles d’hiver

Le rôle des butineuses à l’automne est important. Les réserves de miel et de pollen qu’elles vont constituer sont les dernières de la saison, elles sont donc primordiales pour la survie de la colonie en hiver. Si les réserves sont déficitaires, il faut gérer le nourrissement pour éviter la famine. Les abeilles d’hiver naissent en fin d’été. A la différence de l’abeille d’été qui passe par tous les stades d’une ouvrière classique pour finir sa vie comme butineuse, l’abeille d’hiver a pour rôle de former la grappe hivernale qui maintiendra la ruche à température et d’élever le couvain tant que la reine pond, ou quand elle recommence à pondre au printemps. L’élevage du couvain de printemps est primordial pour garantir la production d’abeilles d’été qui assureront le butinage et constitueront les premières réserves de la colonie au redémarrage de la saison apicole. On ne fait pas de différence à l’œil nu entre une abeille d’été et une abeille d’hiver, mais comme on le verra, les différences sont notables, surtout en terme de longévité. En effet, si l’abeille d’été a une durée de vie d’une cinquantaine de jours, l’abeille d’hiver vit en moyenne entre 150 et 200 jours. Les facteurs déclenchant leur production ne sont pas encore tous élucidés.

Parmi ces facteurs, on compte la diminution de la durée des jours, la baisse de la température interne de la ruche et la raréfaction de la ponte de la reine en fin de saison, qui passe progressivement d’environ 1000 pontes par jour à 200, pour s’arrêter complètement sous des climats froids. La ponte ne s’arrête cependant pas complètement dans les régions tempérées.

Mécaniquement, par la raréfaction de la ponte, la proportion de vieilles abeilles augmente par rapport à celle des jeunes ; on suspecte que ce bouleversement de l’équilibre entre les jeunes abeilles et les vieilles abeilles favorise la production des abeilles d’hiver, mais la baisse de la quantité de couvain est le facteur principal qui détermine la production de ces dernières. Cette production n’est pas brutale, du jour au lendemain, mais progressive, ce qui permet à la colonie de continuer de produire des butineuses qui feront les récoltes d’automne pendant qu’émergent les premières abeilles d’hiver. Ces réserves assureront à la grappe hivernale de passer la saison froide sans risquer la famine et en limitant les besoins de nourrissement.

Lorsqu’elles sont bien préparées et en bonne santé, que la colonie ne souffre pas de maladie ou de parasitisme, la longévité des abeilles d’hiver est bien supérieure, comme on l’a dit, à celle des abeilles d’été : 150 à 200 jours en moyenne, contre une cinquantaine de jours pour une abeille d’été. L’abeille d’hiver a en revanche une activité plus réduite, ce qui lui permet d’économiser ses réserves protéiques pendant l’hivernage : comme elle n’a que très peu ou pas de couvain à élever, elle économise sa vitellogénine, qui est la protéine qui lui assure sa longévité (Dainat, 2012).


Particularités et importance de l’abeille d’hiver

Il n’y a pas de différence extérieure visible entre ces deux catégories d’abeilles, les différences sont de nature physiologique. Les abeilles d’hiver ont des corps gras très développés. Les corps gras sont des réserves de graisse réparties dans l’abdomen de l’abeille, sous forme d’un tissus adipeux qui recouvre les parois internes de l’abdomen et s’étend entre les organes abdominaux comme de petits amas disséminés. C’est aussi le lieu de stockage de la vitellogénine.

Les corps gras des abeilles d’hiver sont bien plus volumineux que ceux des abeilles d’été. L’hormone juvénile, qui induit l’évolution de l’ouvrière vers l’activité de butinage, joue un rôle majeur dans la réduction de son espérance de vie. Elle est très peu présente chez l’abeille d’hiver, ce qui est bien corrélé à sa longévité importante. L’hivernante a en revanche une concentration en vitellogénine très supérieure à l’abeille d’été, notamment dans les glandes hypopharyngiennes et dans l’hémolymphe, où elle représente 30 à 50% des protéines totales. C’est cette charge en vitellogénine qui détermine sa longévité.
Seules les nourrices ont des taux de vitellogénine comparables aux abeilles d’hiver, mais ces dernières n’ont pas de propension à s’occuper du couvain, ce qui leur permet d’économiser leurs réserves.

Comme tout organisme vivant, l’abeille est agressée par des radicaux libres, qui sont des molécules oxydantes, soit des déchets du métabolisme de l’abeille, soit provenant du milieu extérieur (pollution, pesticides…). Or la vitellogénine, en association avec des atomes de zinc, a la propriété de neutraliser les radicaux libres, et donc de prévenir l’organisme contre le stress oxydatif, ce qui aide l’abeille à lutter efficacement contre le vieillissement. La physiologie de l’abeille d’hiver est donc très différente de celle de l’abeille d’été.


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